"Manifeste animaliste" de Corine Pelluchon

« Animalistes de tous les pays, de tous les partis et de toutes les confessions, unissez-vous ! » Tel est l'appel de la philosophe Corine Pelluchon... Mais qu'est-ce qu'être animaliste ?

Un élevage de cochon à Schwerdorff
Un élevage de cochon à Schwerdorff  Crédits : PIERRE ANDRIEU - AFP

Comment sensibiliser et faire entrer la cause animaliste dans nos enjeux politiques sans culpabiliser les uns de ne pas être végétariens ni les autres de travailler grâce à une économie fondée sur l'exploitation des animaux ? Innovation, reconversion, transition, Corine Pelluchon nous donne des éclairages et des propositions concrètes pour penser le nouvel âge de la cause animale.

Le texte du jour

« Pourquoi la rencontre d'un chien perdu, dans une de nos rues tumultueuses, me donne-t-elle une secousse au cœur ?

Pourquoi la vue de cette bête, allant et venant, flairant le monde, effarée, visiblement désespérée de ne pas retrouver son maître, me cause-t-elle une pitié si pleine d'angoisse, qu'une telle rencontre me gâte absolument une promenade ?

Pourquoi, jusqu'au soir, jusqu'au lendemain, le souvenir de ce chien perdu me hante-t-il d'une sorte de désespérance, me revient-il sans cesse en un élancement de fraternelle compassion, dans le souci de savoir ce qu'il fait, où il est, si on l'a recueilli, s'il mange, s'il n'est pas à grelotter au coin de quelque borne ?

Pourquoi ai-je ainsi, au fond de ma mémoire, de grandes tristesses qui s'y réveillent parfois, des chiens sans maîtres, rencontrés il y a dix ans, il y a vingt ans, et qui sont restés en moi comme la souffrance même du pauvre être qui ne peut parler et que son travail, dans nos villes, ne peut nourrir?

Pourquoi la souffrance d'une bête me bouleverse-t-elle ainsi? Pourquoi ne puis-je supporter l'idée qu'une bête souffre, au point de me relever la nuit, l'hiver, pour m'assurer que mon chat a bien sa tasse d'eau ? Pourquoi toutes les bêtes de la création sont-elles mes petites parentes, pourquoi leur idée seule m'emplit-elle de miséricorde, de tolérance et de tendresse?

Pourquoi les bêtes sont-elles toutes de ma famille, comme les hommes, autant que les hommes? »

Emile Zola, L’amour des bêtes, article paru dans Le Figaro, 24 mars 1896, repris dans Nouvelle campagne [1896]

Référence musicale

Arnaud Rebotini, American moonshine

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