Boucle anthrophique


Mange? le Grand Gâchis Parmentier

Préoccupé par les questions convergentes de la condition animale, de la santé humaine et de la situation environnementale à l'échelle planétaire, le collectif SMILTYPO s'est engagé dans une première exposition qui veut rendre compte de ces trois dimensions d'une même impasse, où l'alimentation carnée prend inévitablement une responsabilité centrale.
Qu'on aborde le sujet sous l'angle éthique, sanitaire ou écologique, il s'agit donc de poser les éléments d'une remise en question profonde de notre mode d'alimentation et, bien sûr, de la perception du monde qui l'a rendu possible.

 


NOS SOUTIENS ET INVITES:

MATTHIEU RICARD

Soutiens de la première heure de notre travail : Matthieu Ricard et les collaborateurs de son ONG humanitaire Europe Karuna Shechen , Christophe Grigri et Patricia Christin.
A l'origine, c'est une interview de Matthieu Ricard dans Les Matins de France Culture, à l'occasion de la sortie de son livre "Plaidoyer pour les animaux", qui nous a décidé à rentrer en contact avec lui.


FLORENCE BURGAT

Florence Burgat, Philosophe dont nous louons l’art de battre en brèche et déconstruire l’édifice suprématiste dont nous sommes les héritiers effarés. Quasi seule dans son registre, elle donne les « arguments », elle dit les mots qui nous manquent pour confondre le règne abjecte de l’Homme moderne dans son comportement vis-à-vis des autres espèces.

Première rencontre avec elle: sur France Culture, face à Alain Prochiantz, chantre de l'expérimentation animale.


ASSOCIATION L214

 

Pour qui ne connaitrait pas, leur action inlassable et multiple, aussi bien militante que pédagogique, a permise le développement en France d'une prise de conscience quant à la condition des animaux d'élevage industriel et à la remise en question du "régime" alimentaire carné, enraciné dans notre culture. Aussi, c'est grâce à des association comme L214 que la question du droit animal a pu rentrer dans le débat politique et médiatique.

L214 nous a prêté leur exposition pédagogique sur les enjeux de la consommation de viande: 16 panneaux recouvrant tous les aspects éthiques et environnementaux. Nous attendons la conférence de mercredi 19 avril.

expo virtuelle ici


CORINE PELLUCHON

Philosophe découverte au fil de nos recherches et écoutes d'émissions sur le sujet, son propos est vif et percutant. Elle s'adresse au monde politique pour lui donner la matière à réflexion et à positionnement qui lui manque, les décisionnaires politiques comme agents possibles d'un changement législatif et exécutif en profondeur. Mais son discours s'adresse à chacun - il est limpide.

début de son livre " Manifeste Animaliste"


LOUIS RIGAUD


DENIS WAEREBEKE ET SABRINA MASSEN (CITÉ DES SCIENCES ET DE L'INDUSTRIE)

Le film d'animation "Comment nourrir tout le monde", réalisé pour l'exposition à La Villette "Bon Appétit", nous a paru très pertinent dans un traitement très globale des enjeux alimentaires à l'échelle planétaire. Sans parti pris, ludique, posant la question brûlante de l'injustice de la répartition des ressources.

ici


ROSA B. AUTEURE DE "INSOLENTE VEGGIE" AUX EDITIONS LA PLAGE

Drôle et subversive, très informée et informante, la simplicité du dessin n'a d'égal que la profondeur du propos. La bêtise en prend pour son grade et aussi du côté de certains vegans. Les poncifs, discours préfabriqués, signes extérieurs d'ignorance ou égoïsme des mangeurs de viande sont mis à mal.

Extraits ici

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ANIMALEQUALITY

casque virtuel "ianimal": immersion virtuelle dans la réalité des abattoirs.  Les réactions, les rictus d'effroi, de tristesse, sont des miroirs fidèles et non moins terribles de ce à quoi les personnes assistent.

Extraits ici


PROJECTIONS DE COMPTAGES. VERTIGE.

45 allez-retour Terre-Lune, c'est la distance obtenue en faisant une rampe continue de tous les "animaux" tués sur la planète en une année...

Pour une moyenne de grandeur de 40/50 cm par individu.


Le nombre d’animaux tués chaque année pour l’alimentation humaine est de 56’000’000’000. Les animaux aquatiques se comptent eux en tonnes, en l’occurrence environ 150’000’000´t par an, ce qui fait au moins 1‘000’000’000’000 de victimes. Le total atteint ainsi environ 1’050’000’000’000 d’individus + les prises rejetées à la mer (« bycatch ») 38 millions de tonnes (estimation WWF). Total annuel : plus de 180 millions de tonnes soit plus d’un millier de milliards d'animaux sacrifiés. AMPLEUR DES PERTES ET GASPILLAGE ALIMENTAIRE: Dans le monde, environ un tiers de la part comestible des aliments destinés à la consommation humaine est perdue ou gaspillée, équivalant à environ 1,3 milliards de tonnes par an...



Mange "l'animal que donc je suis"    (Jacques Derrida)


MANGE !? LE GRAND GÂCHIS PARMENTIER !

 


L'exposition s'articule autour de trois temps forts de la réaction en chaîne suivante:

 

 

 

         - Viande, pas viande !? - l'impasse globale de l'alimentation carnée

         - C'est quoi sauvage ? - l’annihilation du monde sauvage

         - Moi pas cannibale ! - vers un nouvel anthropophagisme ?

 

 

L'aliénation du monde, qui trouve une de ses expressions les plus parlantes dans le sort réservé aux animaux à usage alimentaire, appelle des réponses, des oppositions, des transgressions, des dissidences.

 

Les chiffres engagés, les quantités, les proportions sont telles qu'ils en deviennent abstraits et défient la raison. Il faut, comme en astrophysique ou en physique atomique, user de représentations et d'analogies à des échelles plus familières pour saisir l'ampleur du mépris, de la néantisation  silencieuse entretenue jour après jour derrière les murs des "lieux d'élevage" et des abattoirs sans fenêtre.

 

 

 

Une bio-ingénierie ultra-violente s'est mise en place progressivement, avec la permission sémantique d'un "développement durable" et d'un "progrès", et la légitimité d'un terrain culturel « supérioriste » qu'il nous paraît salutaire d'identifier.

 

 

« L'anthropocène », mot homologué validant l'empire industriel de l'homme moderne (ou « carnocène » ? ), ne fait pas bon ménage avec le monde sauvage. C'est en toute logique que ce dernier perd progressivement sa place, sa légitimité, sa possibilité-même, à-mesure que la civilisation mécaniste à l'appétit sans limite étend ses territoires et l'absorbe.

 

 

 

La planète est mise à mal, le devenir de l'être humain est en jeu.

 

L'épuisement des ressources et la destruction des écosystèmes font naître des scénarios cauchemardesques où l'homme devient lui-même la source alimentaire de sa survie...Bienvenue dans Soleil Vert ( Richard Fleicher, 1973)...

 

 

S'il n'est pas facile d'être végétarien dans la société issue du Rêve Carnassier des Trente Glorieuse, ceux qui se détournent de la viande sont de plus en plus nombreux, et par des entrées variables: éthiques, écologiques, sanitaires, humanistes...L'intuition d'une nécessaire réinitialisation alimentaire et spirituelle se fait toujours plus pressante.

 

 

 

NOUS AVONS BEAUCOUP PRIS,

 

IL EST GRAND TEMPS DE REDONNER.

 

 

 

Nous espérons avoir évité toute lourdeur excessive, en gardant à l'esprit la dimension pédagogique de l'exposition et sa dynamique positive: Participer à un changement de perception.

 

 

 

Guéric Perves & Sandra Muntoni, mars 2017

 

 


1/ Viande ou pas viande? -l'impasse carnivore



« Ô combien faut-il d’heures de martyre aux animaux pour donner à l’homme une seule minute de  plaisir pour son palais ! » Jean-Paul Friedrich Richter, dit “Jean-Paul”, 1763-1825

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le poulet végétarisé, point de départ de notre travail : un objet-symbole contradictoire, impossible, schizophrène, mais un acte magique. Porte en soi la serrure et la clé.

 

Installation de poulets en cours de "pousse" sur des tournes-broche.

Sandra Muntoni


Nous décidons de faire confiance à cette vision et de la suivre, la poursuivre, sur un chemin artistique et spirituel qui se découvre alors que nous l'arpentons.

 


Quand le poulet se fait emballé, nous aussi.

Le poulet rôti du dimanche, véritable icône, exprime tout un monde d'abondance et de confort.

 

Dans l'ombre de la scène de l'opéra s'activent les rouages et les pistons de la machine à produire du désir. Mais quelle réalité se cache derrière cette gentille barquette de poulet ou de tranche de jambon prêtes à consommer ?

 

 



«Si les abattoirs avaient des fenêtres, plus personne ne mangerait de la viande.»  Paul Mac Cartney.

La désincarnation du non-humain a ouvert la voie au carnage à grande échelle et à la mise en jeu de la planète -même, foyer de liberté et d'épanouissement des espèces dont nous sommes.

 

Nous assistons en effet à l'avènement d'un nouvel esclavagisme trans-spéciste, qui se propose de réduire au statut de matériaux la globalité de la vie sur la Terre, de la cellule à l'individu, des individus aux sociétés, des sociétés aux espèces.

 

précis d'occultation exemplaire :cachez cette horreur que je ne saurais voir (ou manger).

 

Une maquette d'abattoirs avec des fenêtres en cours de réalisation

 


 

« La grandeur d’une nation et ses progrès moraux peuvent être jugés de la manière dont elle traite les animaux. » – « S’abstenir de viande est d’un grand secours pour l’élévation de l’âme. »Mahatma Gandhi, 1869-1948

 

 

 

Je pense donc je suis

 

Je suis donc j'agis

 

J'agis donc j'ai un but

 

J'ai un but donc je contrôle

 

Je contrôle donc j'ai le pouvoir

J'ai le pouvoir donc je mange de la viande

Je mange de la viande donc je suis au sommet,

paroles de "matérialismes darwiniens"


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Lire entre les lignes, lire entre les images.

 

Donner forme aux images cachées entre les images.

 

Nous savons ce qui se joue derrière les slogans, derrière les images des vertes prairies où paissent symphoniquement nos animaux de bouche.

 

Les mythes sont entretenus plus sûrement que celui du Père Noël dans une liturgie érotique infatigable et kaléidoscopique.

 


45°

température en été lors de fortes chaleurs, à l'intérieur d'un élevage intensif de"volailles"

Une cabine d'essayage thermique sera à disposition.


Le GERM propose aux agro-entrepreneurs souffrant moralement et financièrement d'avoir répondu aux sirènes du profit, une reconversion de leur structure de production intensive de volailles.

Selon les profils, les personnalités et les budgets, des projets de reconversion sensés et durables peuvent donc voir le jour. Ainsi, dans l'Yonne,  un de ces agro-entrepreneurs en souffrance a reconverti son magnifique hangar à souffrance en terrain de paintball. Le coût a été d'autant plus supportable que l'aménagement du terrain de jeu a consisté en bottes de pailles de différentes grosseurs. Restait l'investissement dans le matériel spécifique du paintball, rapidement amorti.

D'autres transformation sont en cours ou à l'étude comme une champignonnière, qui verra le jour là où furent entassés pour destruction et consommation, des êtres vivants doués de sensibilité et de communication.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"n" C U B E S

à plier soi-même

 



2/C'est quoi Sauvage?


Le monde sauvage étant incontrôlable par essence, le contrôle des espèces sauvages ou leur simple annihilation s'inscrit dans une folie de refaçonnage global, humain compris, nécessaire à la préservation des intérêts d'une minorité et sa liberté d'exaction à l'encontre des individus, des peuples, des espèces.

 


LE LION: "roi des animaux", peut être vu comme le gardien de notre dimension sauvage, l'incarnation de notre propre part non marchandisable, non réductible au statut de matériaux.

Avec le steak de lion disparaît donc ce qu'il restait de nous et en nous de mémoire et de mystère préservés de la domestication et de la destruction.



- C'est quoi pour toi le MONDE SAUVAGE?

- C'est ça:

 


3/Moi pas cannibale?

L'Homme pris dans ses propres filets: la boucle anthropique


Nécessité fait loi, loi fait morale.

L'alimentation du surpeuple humain est le grand alibi "philanthropique" de l'exploitation/financiarisation/simplification du vivant et de sa "matériologisation". La frontière qui séparait l'être humain du reste des espèces volera en éclat.

Le propos du film "Soleil Vert" ne sera plus perçu comme violemment immoral, mais comme paroles d'évangile.

Refuser d'être mangé par ses semblables livrera l'individu à la mauvaise conscience et à la vindicte publique.

Mieux vaudra ingurgiter le plus possible de produits nocifs de toutes sortes pour être refusé par les normes et déclaré inapte à la consommation...



MONOCULTURE


L'homme pris dans ses propres filets

Photographies Sandra Muntoni