Mange? le Grand Gâchis Parmentier

Préoccupé par les questions convergentes de la condition animale, de la santé humaine et de la situation environnementale à l'échelle planétaire, le collectif SMILTYPO s'est engagé dans une première exposition qui veut rendre compte de ces trois dimensions d'une même impasse, où l'alimentation carnée prend inévitablement une responsabilité centrale.
Qu'on aborde le sujet sous l'angle éthique, sanitaire ou écologique, il s'agit donc de poser les éléments d'une remise en question profonde de notre mode d'alimentation et, bien sûr, de la perception du monde qui l'a rendu possible.

 


Nos invités:

Animalequality

ianimal -immersion à 360° dans la réalité des abattoirs. La réalité virtuelle au service de la prise de conscience.


Louis rigaud

 

Copier-cloner, Note d’intentions
Copier-cloner est le résultat d’une année de travail sur les biotechnologies pour de mon diplôme (DNSEP) à l’école

supérieur des Arts Décoratifs de Strasbourg. Voici la présentation qui accompagnait ce projet.

Les biotechnologies (clonage et OGM) sont les derniers avatars de nos sociétés de reproduction techniques. Les êtres vivant sont depuis longtemps victime d'un traitement industriel, des usines agroalimentaire aux laboratoires robotisés. Mais depuis quelques années, au nom de la production ou de la médecine, la science s'attaque à l'ADN avec les mêmes méthodes.

Depuis l'invention de l'écriture il y a 6000 ans, les sociétés alphabétisées se construisent dans une logique de reproduction. M. McLuhan dressa le constat de la standardisation et de l'homogénéité des écrits et des pensées après l'invention de Gutenberg en 1450. W. Benjamin analysa les conséquences des moyens de reproduction du XXème siècle que sont le cinéma et la photographie. Aujourd'hui, notre monde numérique est dominé par cette logique de reproduction. L'art, les médias, les outils de travail, passent tous par le support numérique pour être reproduit, diffusé, sauvegardé.

Les biotechnologies sont, à mon sens, la dernière application de nos sociétés de reproduction mécanique. Les êtres vivant sont depuis longtemps victime d'un traitement industriel, des usines agroalimentaire aux laboratoires robotisés. Mais depuis quelques années, au nom de la production ou de la médecine, la science s'attaque à l'ADN avec les mêmes méthodes. Ces techniques devancent les processus naturels, jusqu'à créer des êtres contre-nature. Plusieurs laboratoires travaillent sur des génomes mi-homme mi-animal pour permettre les greffes d'organes de porcs chez l'homme, ou la production de protéines thérapeutiques dans le lait de brebis.

Mon objectif est de parler des enjeux de ces nouvelles pratiques d'un point de vue éthique.

J'ai pris le support numérique comme outil de création, comme support et comme environnement graphique parce qu'il s'agit, à mon sens, de la concrétisation du désir de reproduction mutli-média (de tous les médias) de nos sociétés. La machine est omniprésente dans les biotechnologies. Ce sont des robots qui ont séquencés le génome humain, qui est aujourd'hui stockés dans une base de données internationale via internet.

J'ai choisi l'animation au dépend de l'interactivité, pour facilité la diffusion des animations sur des sites de partage de vidéos et pour toucher une cible plus grande avec plus d'impact. Le choix d'une application interactive aurait ralentit la cadence de la démonstration et perdu les utilisateurs. L'application risquait aussi de finir en jeu de manipulation qui aurait rendu le propos trop ludique. Le traité didacticiel informatique place le spectateur au premier rôle, confronte la réalité des manipulations génétiques souvent mal connu aux taches informatiques du quotidien. Il permet aussi d'anticiper les possibilités qui seront donnés à chacun d'accéder à des informations génétiques et la banalisation de ce type de pratique.

Louis Rigaud

 


Rosa B. auteur de "Insolente Veggie" et les éditions La Plage. Extraits


PROJECTIONS DE COMPTAGES. VERTIGE.

45 allez-retour Terre-Lune, c'est la distance obtenue en faisant une rampe continue de tous les "animaux" tués sur la planète en une année...

Pour une moyenne de grandeur de 40/50 cm par individu.


Le nombre d’animaux tués chaque année pour l’alimentation humaine est de 56’000’000’000. Les animaux aquatiques se comptent eux en tonnes, en l’occurrence environ 150’000’000´t par an, ce qui fait au moins 1‘000’000’000’000 de victimes. Le total atteint ainsi environ 1’050’000’000’000 d’individus + les prises rejetées à la mer (« bycatch ») 38 millions de tonnes (estimation WWF). Total annuel : plus de 180 millions de tonnes soit plus d’un millier de milliards d'animaux sacrifiés. AMPLEUR DES PERTES ET GASPILLAGE ALIMENTAIRE: Dans le monde, environ un tiers de la part comestible des aliments destinés à la consommation humaine est perdue ou gaspillée, équivalant à environ 1,3 milliards de tonnes par an...



Mange "l'animal que donc je suis"    (Jacques Derrida)


MANGE !? LE GRAND GÂCHIS PARMENTIER !

 


L'exposition s'articule autour de trois temps forts de la réaction en chaîne suivante:

 

 

 

         - Viande, pas viande !? - l'impasse globale de l'alimentation carnée

         - C'est quoi sauvage ? - l’annihilation du monde sauvage

         - Moi pas cannibale ! - vers un nouvel anthropophagisme ?

 

 

L'aliénation du monde, qui trouve une de ses expressions les plus parlantes dans le sort réservé aux animaux à usage alimentaire, appelle des réponses, des oppositions, des transgressions, des dissidences.

 

Les chiffres engagés, les quantités, les proportions sont telles qu'ils en deviennent abstraits et défient la raison. Il faut, comme en astrophysique ou en physique atomique, user de représentations et d'analogies à des échelles plus familières pour saisir l'ampleur du mépris, de la néantisation  silencieuse entretenue jour après jour derrière les murs des "lieux d'élevage" et des abattoirs sans fenêtre.

 

 

 

Une bio-ingénierie ultra-violente s'est mise en place progressivement, avec la permission sémantique d'un "développement durable" et d'un "progrès", et la légitimité d'un terrain culturel « supérioriste » qu'il nous paraît salutaire d'identifier.

 

 

« L'anthropocène », mot homologué validant l'empire industriel de l'homme moderne (ou « carnocène » ? ), ne fait pas bon ménage avec le monde sauvage. C'est en toute logique que ce dernier perd progressivement sa place, sa légitimité, sa possibilité-même, à-mesure que la civilisation mécaniste à l'appétit sans limite étend ses territoires et l'absorbe.

 

 

 

La planète est mise à mal, le devenir de l'être humain est en jeu.

 

L'épuisement des ressources et la destruction des écosystèmes font naître des scénarios cauchemardesques où l'homme devient lui-même la source alimentaire de sa survie...Bienvenue dans Soleil Vert ( Richard Fleicher, 1973)...

 

 

S'il n'est pas facile d'être végétarien dans la société issue du Rêve Carnassier des Trente Glorieuse, ceux qui se détournent de la viande sont de plus en plus nombreux, et par des entrées variables: éthiques, écologiques, sanitaires, humanistes...L'intuition d'une nécessaire réinitialisation alimentaire et spirituelle se fait toujours plus pressante.

 

 

 

NOUS AVONS BEAUCOUP PRIS,

 

IL EST GRAND TEMPS DE REDONNER.

 

 

 

Nous espérons avoir évité toute lourdeur excessive, en gardant à l'esprit la dimension pédagogique de l'exposition et sa dynamique positive: Participer à un changement de perception.

 

 

 

Guéric Perves & Sandra Muntoni, mars 2017

 

 


1/ Viande ou pas viande? -l'impasse carnivore



« Ô combien faut-il d’heures de martyre aux animaux pour donner à l’homme une seule minute de  plaisir pour son palais ! » Jean-Paul Friedrich Richter, dit “Jean-Paul”, 1763-1825

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le poulet végétarisé, point de départ de notre travail : un objet-symbole contradictoire, impossible, schizophrène, mais un acte magique. Porte en soi la serrure et la clé.

 

Installation de poulets en cours de "pousse" sur des tournes-broche.

Sandra Muntoni


Nous décidons de faire confiance à cette vision et de la suivre, la poursuivre, sur un chemin artistique et spirituel qui se découvre alors que nous l'arpentons.

 


Quand le poulet se fait emballé, nous aussi.

Le poulet rôti du dimanche, véritable icône, exprime tout un monde d'abondance et de confort.

 

Dans l'ombre de la scène de l'opéra s'activent les rouages et les pistons de la machine à produire du désir. Mais quelle réalité se cache derrière cette gentille barquette de poulet ou de tranche de jambon prêtes à consommer ?

 

 



«Si les abattoirs avaient des fenêtres, plus personne ne mangerait de la viande.»  Paul Mac Cartney.

La désincarnation du non-humain a ouvert la voie au carnage à grande échelle et à la mise en jeu de la planète -même, foyer de liberté et d'épanouissement des espèces dont nous sommes.

 

Nous assistons en effet à l'avènement d'un nouvel esclavagisme trans-spéciste, qui se propose de réduire au statut de matériaux la globalité de la vie sur la Terre, de la cellule à l'individu, des individus aux sociétés, des sociétés aux espèces.

 

précis d'occultation exemplaire :cachez cette horreur que je ne saurais voir (ou manger).

 

Une maquette d'abattoirs avec des fenêtres en cours de réalisation

 


 

« La grandeur d’une nation et ses progrès moraux peuvent être jugés de la manière dont elle traite les animaux. » – « S’abstenir de viande est d’un grand secours pour l’élévation de l’âme. »Mahatma Gandhi, 1869-1948

 

 

 

Je pense donc je suis

 

Je suis donc j'agis

 

J'agis donc j'ai un but

 

J'ai un but donc je contrôle

 

Je contrôle donc j'ai le pouvoir

J'ai le pouvoir donc je mange de la viande

Je mange de la viande donc je suis au sommet,

paroles de "matérialismes darwiniens"


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Lire entre les lignes, lire entre les images.

 

Donner forme aux images cachées entre les images.

 

Nous savons ce qui se joue derrière les slogans, derrière les images des vertes prairies où paissent symphoniquement nos animaux de bouche.

 

Les mythes sont entretenus plus sûrement que celui du Père Noël dans une liturgie érotique infatigable et kaléidoscopique.

 


45°

température en été lors de fortes chaleurs, à l'intérieur d'un élevage intensif de"volailles"

Une cabine d'essayage thermique sera à disposition.


Le GERM propose aux agro-entrepreneurs souffrant moralement et financièrement d'avoir répondu aux sirènes du profit, une reconversion de leur structure de production intensive de volailles.

Selon les profils, les personnalités et les budgets, des projets de reconversion sensés et durables peuvent donc voir le jour. Ainsi, dans l'Yonne,  un de ces agro-entrepreneurs en souffrance a reconverti son magnifique hangar à souffrance en terrain de paintball. Le coût a été d'autant plus supportable que l'aménagement du terrain de jeu a consisté en bottes de pailles de différentes grosseurs. Restait l'investissement dans le matériel spécifique du paintball, rapidement amorti.

D'autres transformation sont en cours ou à l'étude comme une champignonnière, qui verra le jour là où furent entassés pour destruction et consommation, des êtres vivants doués de sensibilité et de communication.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"n" C U B E S

à plier soi-même

 



2/C'est quoi Sauvage?


Le monde sauvage étant incontrôlable par essence, le contrôle des espèces sauvages ou leur simple annihilation s'inscrit dans une folie de refaçonnage global, humain compris, nécessaire à la préservation des intérêts d'une minorité et sa liberté d'exaction à l'encontre des individus, des peuples, des espèces.

 


LE LION: "roi des animaux", peut être vu comme le gardien de notre dimension sauvage, l'incarnation de notre propre part non marchandisable, non réductible au statut de matériaux.

Avec le steak de lion disparaît donc ce qu'il restait de nous et en nous de mémoire et de mystère préservés de la domestication et de la destruction.



- C'est quoi pour toi le MONDE SAUVAGE?

- C'est ça:

 


3/Moi pas cannibale?

L'Homme pris dans ses propres filets: la boucle anthropique


Nécessité fait loi, loi fait morale.

L'alimentation du surpeuple humain est le grand alibi "philanthropique" de l'exploitation/financiarisation/simplification du vivant et de sa "matériologisation". La frontière qui séparait l'être humain du reste des espèces volera en éclat.

Le propos du film "Soleil Vert" ne sera plus perçu comme violemment immoral, mais comme paroles d'évangile.

Refuser d'être mangé par ses semblables livrera l'individu à la mauvaise conscience et à la vindicte publique.

Mieux vaudra ingurgiter le plus possible de produits nocifs de toutes sortes pour être refusé par les normes et déclaré inapte à la consommation...



MONOCULTURE


L'homme pris dans ses propres filets

Photographies Sandra Muntoni